A la limite avec le Gers, le pays est en vrac. Un vrai parcours du combattant pour sortir de chez soi
30 km en deux heures...
Partout, des branches entre lesquelles il faut zigzaguer tout en se méfiant des arbres qui menacent encore de tomber. (Photo Philippe Salvat)
Il n'est pas encore 5 heures, ce samedi matin. Aller-retour des toilettes au lit. Dehors, c'est calme, pas de bruit. La météo a sans doute été trop
pessimiste.
« Tu dors ?
- Non.
- Tu entends le vent, ça siffle, hein ? » Ma compagne vient de se réveiller pour une journée qui va être très dure.
5 h 30, il n'y a plus de courant. On ne se lève pas encore, mais on met la radio. Sur France Bleu Gascogne, les messages d'alerte et les appels d'auditeurs
commencent à pleuvoir. Ça souffle de plus en plus fort. Bougies, café vite avalé, sans tartines puisque le grille-pain ne marche pas.
Le Midou a débordé
8 heures, il va quand même falloir partir au bureau à Mont-de-Marsan, à 30 kilomètres environ (j'habite à la limite des Landes et du Gers). En bas du
jardin, première mauvaise surprise, le Midou a débordé. Impossible de passer ; d'ailleurs, personne ne s'y risque. Demi-tour, on va essayer de contourner
la crue. En montant vers le village, deuxième barrage : un gros charme est en travers de la route. Je n'ai pas emporté ma tronçonneuse parce que la chaîne
est usée et, à main nue, il n'y a rien à faire. Deuxième demi-tour.
Autre petite route, vers Labastide-d'Armagnac. Zigzags entre les poubelles renversées sur le goudron, une petite côte entourée d'arbres et, à nouveau,
arbustes et branches qui barrent le passage. Heureusement, j'arrive à les dégager à la main, mais 100 mètres plus loin, une succession d'arbres met un
terme définitif à ma sortie. Je vais devoir attendre que cela soit dégagé. 11 heures, un 4 × 4 circule devant la maison, puis un deuxième. « Alors,
Christophe, tu es passé ?
- Oui, mais toi aussi, avec ta voiture basse, tu peux y aller. » Les gerbes d'eau jaillissent sur les vitres, mais bon, ça passe.
Arthez-d'Armagnac. Après être passé sous un pin suspendu au-dessus de la route, le cyprès de l'angle de la route de Montégut est au sol. Il faut rouler à
moitié dans le fossé pour le contourner. Un peu plus loin, au village, les chênes alignés le long de l'église sont presque tous déracinés, mais ils ne sont
pas tombés sur la route. La Bordeaux-Pau, puis la traversée de Villeneuve-de-Marsan. Le centre-ville n'est pas trop abîmé, mais une maison en face de
l'école maternelle a son toit troué par la chute d'une cheminée. À Saint-Cricq-Villeneuve, les panneaux indicateurs ont un air penché, et les jeunes pins
sont tous décapités à 5 ou 6 mètres du sol. On dirait des baguettes chinoises ou des restes de jeu de mikado bêtement dressés en l'air.
À Bougue, sur le chantier de l'A 65, non loin de la carrière de sable, l'eau et la terre se sont répandues sur le goudron. Il faut faire attention à ne pas
glisser. La commune et le bourg sont traversés sans problème, parce que de nombreux bénévoles ont déjà débité tous les bois qui étaient en travers. Sorti
du bourg, je ne suis plus très loin de la rocade. Mais après un dernier virage encombré par deux arbres tronçonnés, c'est le drame.
Un homme prisonnier
Une camionnette Renault vient d'être aplatie par un arbre, le tronc tombant juste sur l'habitacle. Le conducteur ne bouge plus. Gendarmes,
sapeurs-pompiers, gyrophares, pince pour désincarcérer l'homme prisonnier de la tôle. « Vous ne pouvez pas passer, et puis ne restez pas à proximité, les
arbres peuvent encore valser. » Il est bientôt midi, celui-ci n'est pas tombé depuis longtemps.
Nouveau demi-tour direction Mazerolles ; c'est bloqué. Vers Gaillères, le lotissement a morflé : un arbre sur un toit, un abri de jardin en bois renversé dans
le fossé. Le long de la petite route, on a l'impression qu'une coupe rase vient d'être réalisée. Sur plusieurs centaines de mètres, ce ne sont que troncs
et aiguilles de pins. Tout le long, câbles électriques et téléphoniques, poteaux en bois ou en ciment jonchent le sol. Les habitants, avec tronçonneuse,
casque et combinaison rouge, sont fourbus. « Direction Saint-Avit ? Vous pouvez y aller, on a tout dégagé. »
Las ! 3 kilomètres plus loin, à quelques encablures à peine de la nationale, une barrière de branches et de troncs infranchissable. Il va falloir y revenir
avec les tronçonneuses.
Retour par Bougue, en attendant que la voie soit dégagée de la camionnette accidentée. Enfin, c'est libre, voici la rocade à Mont-de-Marsan : tout est
clean. Quartier Saint-Médard, partout des arbres par terre ou sur les toits des villas. Le parc et le camping de Nahuques sont une désolation, la moitié
des arbres étant déracinés ou hachés. En ville, le Midou a débordé, piégeant plusieurs voitures sur le parking situé dans son lit.
Centre-ville, place Abbé-Bordes, je suis enfin à l'agence. Il est 13 heures, il m'a fallu presque deux heures pour faire 30 kilomètres. Ne me reste plus qu'à
me mettre au boulot, pour raconter tout ça.
Auteur : Jean-Louis Hugon
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